Thèse doctorale

La co-construction du savoir dans les recherches collaboratives : vers la prise en compte de la posture des acteurs

 

Les recherches collaboratives en sciences de l’éducation amènent des professionnels provenant de divers domaines (enseignants, didacticiens, chercheurs, ingénieurs pédagogiques, informaticiens) à travailler ensemble afin de répondre à des objectifs à la fois pragmatiques, orientés vers l’action concrète sur le terrain, et heuristiques, visant le développement des théories scientifiques. Au sein d’une même recherche, un objet d’étude commun sera alors observé et analysé sous différents angles, à partir des représentations, des rapports et des finalités conférées au savoir par chaque individu. A travers la notion de transposition méta-didactique (Arzarello & al. 2014), la didactique propose un cadre théorique et un modèle permettant d’analyser la co-construction de savoirs scientifiques et pratiques dans les collaborations entre chercheurs et enseignants. Ce cadre s’appuie sur des concepts tels que les praxéologies partagées (réflexions communes sur les théories concernant les pratiques) ou les objets frontière (association de composantes propres à différentes perspectives débouchant sur l’élaboration d’un objet commun). D’autres approches telles que des études en sociologie ou en psychologie développementale (Hofer & Pintrich, 1997) présentent différents niveaux des représentations épistémologiques des individus, partant d’un niveau de connaissance orienté « transmission d’une vérité » à une conception socioconstructiviste du savoir. Chaque individu impliqué dans une recherche collaborative, développe donc continuellement son rapport personnel aux savoirs et aux objets étudiés. La notion de posture (Lameul, 2016) permet de s’intéresser à ce rapport entre un individu et le savoir en considérant à la fois son comportement, ses intentions et ses croyances. En voie de conceptualisation, cette notion met en avant le caractère à la fois singulier et normatif d’un individu dans son rapport individuel et social au savoir.

Riches de ces constats théoriques, nous envisageons donc de répondre à notre problématique initiale en nous intéressant à la co-construction du savoir au sein d’une recherche collaborative à partir du cadre de la transposition méta-didactique. En plus de répondre à nos questionnements initiaux, cette recherche vise à enrichir le cadre théorique de la transposition méta-didactique à partir de questionnement sur le rapport personnel des individus aux savoirs et d’œuvrer à la conceptualisation actuelle de la notion de posture. Une visée plus pragmatique de notre travail sera de mener une réflexion autour du développement professionnel et personnel des acteurs d’une recherche de type collaborative.

Ce projet de thèse s’inscrit dans le cadre du projet RECODIS du 2CR2D qui vise à enrichir les questions méthodologiques sur les recherches collaboratives en didactique des sciences naturelles. Deux types de recherches collaboratives (RECODIS) seront analysées dans le cadre de ce projet ; une « recherche orientée par la conception » (conduite au sein du Laboratoire d’innovation pédagogique), visant la conception d’un environnement techno-pédagogique sur la base d’un jeu numérique développé dans le cadre du musée de Sciences de la Nature à Sion, et une recherche de type « ingénierie didactique » (organisée à la HEP Fribourg), qui a pour but la réalisation des séquences d’enseignement innovantes en sciences naturelles dans des classes fribourgeoises de secondaire. Ces deux terrains d’études seront appréhendés à partir de l’analyse de cas (Albarello, 2011). Les données y seront collectées à partir d’observations, d’analyses documentaires et d’entretiens semi-directifs, afin de comprendre comment les acteurs se positionnent dans le processus de co-construction du savoir, en fonction des caractéristiques propres à chacune des deux méthodologies mises en place dans les recherches analysées.

Papier présenté pour les Doctoriales du 2CR2D le 26 octobre 2018 à Fribourg.

Références
  • Albarello, L. (2011). Choisir l’étude de cas comme méthode de recherche. Bruxelles, Belgique: De Boeck.
  • Arzarello, F., Robutti, O., Sabena, C., Cusi, A., Garuti, R., Malara, N., & Martignone, F. (20014). Meta-Didactical Transposition: A theorical Model for Teacher Education Programmes. In A. Clark-Wilson, O. Robutti, & Sinclair (Éd.), The Mathematics Teacher in the Digital Era (p. 347‑372). Dordrecht: Springer.
  • Hofer, B. K., & Pintrich, P. R. (1997). The Development of Epistemological Theories: Beliefs about Knowledge and Knowing and Their Relation to Learning. Review of Educational Research67(1), 88. https://doi.org/10.2307/1170620
  • Lameul, G. (2016). Le développement professionnel des enseignnts-chercheurs : entre recherche et enseignement, l’élaboration d’une posture d’expertise. CREAD. Consulté à l’adresse https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-01496804/document

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