Thèse doctorale

La co-construction du savoir dans les recherches collaboratives : vers la prise en compte de la posture des acteurs

 

En Suisse romande, le projet RECODIS regroupe plusieurs recherches collaboratives en didactique des sciences basées sur la conception d’un produit éducatif, dont les recherches ECSE (Marlot & Roy, 2020) et PLAY (Sanchez & al., 2019). Ces travaux visent le développement de ressources pédagogiques en milieu éducatif, et la mise à l’épreuve de modèles théoriques scientifiques sur la base d’un travail collaboratif entre différentes communautés professionnelles (chercheur.e.s, enseignant.e.s, formateurs.trices, informaticien.nne.s …). Cette hétérogénéité des acteurs doit être prise en compte et valorisée, car la collaboration entre différentes communautés pour œuvrer à la co-construction des savoirs ne va pas de soi (Audoux & Gillet, 2011). Nous nous questionnons alors sur la manière dont les acteurs co-construisent les savoirs et dans quelle mesure les postures qu’ils adoptent sont liées à leur rapport au savoir.

 Pour cela, nous adoptons une approche interactionnisme, sur la base des théories de l’acteur réseau (Callon, Latour, & Akrich, 2006). Nous nous reposons sur les principes de la théorie de l’action conjointe en didactique (Sensevy, 2011) soulignant les interactions entre les savoirs et les acteurs de l’apprentissage, et le cadre de la transposition méta-didactique (Arzarello & al., 2014), à partir des notions d’objet frontière (Ansaldi & al., 2019), objet biface (Marlot & Roy, 2020) et objet intermédiaire (Vinck, 2009). La posture d’un individu (Lameul, 2016) caractérise son rapport à des objets/sujets, dans notre cas, nous considérons rapport des acteurs (de la recherche) aux savoirs scientifiques, didactiques et disciplinaires en jeu dans la collaboration. Ce rapport aux savoirs scientifiques et didactiques peut s’appuyer sur les modèles d’épistémologie personnelle (Hofer & Pintrich, 1997) ou d’épistémologie pratique (Marlot & Toullec-Théry, 2014). Nous considérons l’ensemble de ces concepts à travers la notion de posture épistémique.

Quels sont les éléments partagés par les acteurs lors d’une séance de travail ? Quels sont les savoirs co-construits et comment le sont-ils, par qui et dans quelles conditions ? Quelles postures épistémiques adoptent les acteurs par rapport à ces savoirs ? A quel point ces postures sont-elles amenées à évoluer ?

Pour répondre à ces questions, deux études de cas sont menées (Albarello, 2011) sur la base des projets des recherche PLAY et ECSE. Les données collectées et analysées seront essentiellement issues des séances de travail (conception collaborative des dispositifs pédagogiques) et d’entretien d’auto-confrontation menés avec les acteurs des deux terrains. Les analyses viseront à (1) la description des projets de recherche et des objets co-construits sur la base d’un modèle d’analyse des éléments partagés lors des réunions de travail (Paukovics & Bonnat, 2020), (2) la production de configurations permettant de comprendre les postures épistémiques des individus par rapport aux objets co-construits.

 

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Références

Albarello, L. (2011). Choisir l’étude de cas comme méthode de recherche. Bruxelles, Belgique: De Boeck.

Arzarello, F., Robutti, O., Sabena, C., Cusi, A., Garuti, R., Malara, N., & Martignone, F. (20014). Meta-Didactical Transposition: A theorical Model for Teacher Education Programmes. In A. Clark-Wilson, O. Robutti, & Sinclair (Éd.), The Mathematics Teacher in the Digital Era(p. 347‑372). Dordrecht: Springer.

Audoux, C., & Gillet, A. (2011). Recherche partenariale et co-construction de savoirs entre chercheurs et acteurs : l’épreuve de la traduction. Revue Interventions économiques, 43, 1‑8.

Callon, M., Latour, B., & Akrich, M. (2006). Sociologie de la traduction: Textes fondateurs.

Hofer, B. K., & Pintrich, P. R. (1997). The Development of Epistemological Theories: Beliefs about Knowledge and Knowing and Their Relation to Learning. Review of Educational Research, 67(1), 88.

Lameul, G. (2016). Le développement professionnel des enseignnts-chercheurs : entre recherche et enseignement, l’élaboration d’une posture d’expertise.CREAD. Consulté à l’adresse https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-01496804/document

Marlot, C., & Roy, P. (2020). La Communauté Discursive de Pratiques : Un dispositif de conception coopérative de ressources didactiques orienté par la recherche. Revue des HEP, Formation et pratiqeu d’enseignement en question, 26, 163‑183.

Marlot, C., Toullec-Théry, M., & Daguzon, M. (2017). Processus de co-construction et rôle de l’objet biface en recherche collaborative. Phronesis, 6,  1‑2(1‑2), 21‑34. Consulté à l’adresse Cairn.info.

Paukovics, E., & Bonnat, C. (2020, 1er septembre). Recherche orientée par la conception : analyse des éléments partagés lors d’une séance de travail [Présentation orale]. Congrès 2020 de la Société suisse pour la recherche en éducation, en ligne. Acceptée.

Sanchez, E., Müller, S., Kramar, N., Widmer, A., & Paukovics, E. (2019). Students’ Conducts during a Digital Game-Based Museum School Visit. In D. Passey, R. Bottino, C. Lewin, & E. Sanchez (Eds.), Empowering Learners for Life in the Digital Age. OCCE 2018. IFIP Advances in Information and Communication Technology (Vol. 524, pp. 151-160). Linz, Austria: Springer, Cham.

 

Sensevy, G. (2011). Le sens du savoir. Eléments pour une théorie de l’action conjointe en didactique. Bruxelles, Belgique: De Boeck.

Vinck, D. (2009). De l’objet intermédiaire à l’objet-frontière : Vers la prise en compte du travail d’équipement. Revue d’anthropologie des connaissances, 3, 1(1), 51.